samedi 20 octobre 2007

The most distant course

De LIN Jing-Jie avec KWAI Lun-Mei, MO Zi-Yi, JIA Xiao-Guo

Qixia Films, Taïwan

La plus longue distance d’un être à un autre, c’est rarement la ligne droite. LIN Jing-Jie déjà auteur de My own personal gun et Street survivor se charge de nous le rappeler dans un film juste et émouvant sur la difficulté d’être ensemble et l’incapacité à se retrouver. Un preneur de son Xiao Tang récemment licencié d’un tournage se remet difficilement d’une rupture sentimentale. Il enregistre les sons de la nature et dans cette œuvre sonore qu’il intitule « Sound of Formosa », il transmet tous ses sentiments pour la fille qu’il a aimée. Il adresse ses bandes à cette ancienne petite amie sans se douter qu’elle a changé d’adresse. La nouvelle locataire, Ruoyun, commence à prendre goût à ses lettres sonores sans savoir qui en est l’auteur mais elle sait que ces cassettes l’aident à surmonter, elle aussi, une douloureuse séparation. Enfin, Ah Cai, un psychiatre extrêmement au fait des problèmes de couple n’a pas pu sauver le sien et erre sans but après que sa femme l’a quitté. Il rencontre Xiao Tang par hasard et les deux hommes vont se confier et se reposer l’un sur l’autre pendant vingt-quatre heures.

Ces individus qui se cherchent et se croisent sur les routes de Taïwan, ce sont des âmes esseulées qui ont perdu leur alter ego, la personne qui leur donnait une raison de vivre. Ce psychodrame qui prend parfois des allures de comédie, qui suit de manière cyclothymique les sentiments de ses personnages tire son essence d’une expérience commune. Celle de millions d’êtres qui font le même voyage, qui parcourent la même distance, souvent interminable, pour aller à la rencontre de l’autre. Des témoins parfois passifs d’un itinéraire obscur où le ressac répond en écho au vide de leur existence. Comme si finalement en amour, le plus important était le parcours, la quête, pas la destination.

Ce film traite aussi de la société taïwanaise dans son ensemble, de cette société qui s’individualise de plus en plus, laissant chacun désemparé, à la merci de soi-même. Dans une scène du film où Ah Cai est pris de folie ordinaire et se met à faire la route avec palmes et tuba, le spectacle des voitures qui le doublent ou le croisent sans réaction est éloquent. Dans une société où règle une liberté extrême, où les gens ont appris à ne pas se mêler des affaires de leur voisin, l’intérêt pour son prochain, pour ses maux et ses problèmes, a disparu. Et un refuge idéal reste la nature paisible et équilibrante. En soignant la bande son, le réalisateur rend hommage à la beauté de cette île qui a su rester forte et sauvage lorsque ses habitants sont devenus dociles et fragiles.

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

Assembly



De Feng Xiaogang, avec Zhang Hanyu, Deng Chao, Liao Fan, Wang Baoqiang, Hu Jun

Huayi Brothers Pictures, Chine

Assembly
est un must, n’ayons par peur des mots. C’est le premier film chinois qui dépeint la guerre de manière si réaliste, à la manière d’un blockbuster hollywoodien comme Saving Private Ryan ou le plus récent et magnifique Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood. Assembly situe son action en 1948, lors de la guerre civile entre l’armée de libération du camp communiste et l’armée nationaliste (KMT). Dans le Nord-est de la Chine, les combats font rage. C’est là qu’un capitaine de compagnie d’artillerie, Guzidi, va résister pendant des heures à l’avancée de l’armée nationaliste avec pour mission de ne pas reculer tant qu’il n’aura pas entendu sonner la trompette du rassemblement, et donc de la retraite. Parti d’un effectif de 170 hommes, Guzidi se retrouve à la tête d’un bataillon de 46 hommes qui vont tous tomber les uns après les autres jusqu’à ce qu’une poignée d’entre eux croient avoir entendu sonner l’ordre de la retraite. Le capitaine devenu sourd après une explosion n’a pas pu l’entendre. Doit-il faire confiance à ses hommes et battre en retraite ou tenir bon jusqu’au bout ?

Assembly respecte tous les codes du genre : mise en scène chaotique avec mouvements de caméra à l’épaule, effets spéciaux impressionnants développés par les spécialistes coréens de Taegukgi, bande son incroyable qui renforce l’émotion et rend la douleur plus palpable. C’est un film efficace et sans concessions. Mais au-delà de ça, ce qui rend le film unique, c’est que c’est le premier film grand public qui revient ouvertement sur la guerre qui a déchiré la Chine à la fin des années 40. Rappelons-le, entre 1937 et 1945, le Japon a envahi la Corée et la Chine, cette dernière est donc en guerre permanente depuis une dizaine d’années lorsque les faits qui sont relatés ont lieu. Epuisés, à bout, moralement et physiquement, les deux camps en guerre depuis plusieurs mois n’ont qu’une envie : en finir. Il ne faut pas occulter cette face des événements pour comprendre le paroxysme d’Assembly. Certains reprocheront au film d’en faire trop, de jouer sur la corde sensible, voire patriotique, mais ce qu’il faut y voir avant tout, c’est le dévouement d’hommes qui n’avaient, comme souvent, rien demandé et qui donneront leur vie pour que cette guerre prenne fin. Plus pour qu’elle se termine que pour leur pays d’ailleurs. Si la propagande communiste est présente, elle n’est pas la motivation essentielle du film. Ici, on raconte simplement comment des hommes qui sont morts en héros sur les lignes de front ont été bafoués en étant par la suite reportés comme « manquant au combat » par les autorités.

En effet, par un concours de circonstances malheureux, les hommes de Guzidi ne sont pas retrouvés et nulle à part lui ne peut étayer sa version des faits. Il va devoir partir à la reconquête de leur honneur perdu, en des temps où il serait si facile de se compromettre. La deuxième partie du film revient donc sur les années qui ont suivi cette terrible bataille. Comment le capitaine, seul survivant, doit se battre contre son propre camp pour simplement faire éclater la vérité. Ce qui rend le film extrêmement émouvant, c’est ce sentiment d’injustice qu’il faut réparer et la dévotion d’un homme qui fait honneur à celle de ses hommes. Chacun retiendra ce qu’il veut de cette histoire, mais la force du film, l’émotion intense ressentie lors de sa découverte surpassent tout ce qui peut être dit par ailleurs. Ce sera un succès commercial, sans conteste car ce film est destiné à l’être, il s’adresse à un très large public et c’est ce qui fait sa force. Faire comprendre à travers une histoire universelle, celle du sacrifice à la guerre, ce que sont des notions comme l’honneur, la justice et l’abnégation, c’est toute la réussite d’Assembly et le plus bel héritage que les Chinois pouvaient transmettre à la postérité.

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

King Naresuan 1 et 2



De Chatrilacherm YUKOL avec Wanchana Sawasdee, Nopachai Jahayama, Inthira Charoenpura, Taksaorn Pasukcharerm

Prommitr Production Co., Thailande


Chatrilacherm Yukol qui a commencé sa carrière comme caméraman et qui a le sens de l’image revient après The Yellow sky, The elephant keeper, The song of Chaophaya dresser le portrait d’une figure emblématique de l’histoire thailandaise. Au 16e siècle, le fils du roi Maha Thammarcha du royaume d’Ayudhaya, le jeune Naresuan est enlevé comme otage royal par le roi de Hongsawadee (aujourd’hui la Birmanie). En 1571, Naresuan s’enfuit pour retourner dans son royaume et le rebâtir. Toutefois, le roi de Hongsawadee, Nandabayin garde un œil sur Naresuan à mesure qu’il se montre de plus en plus habile et menaçant. En 1590, Naresuan devient roi à la place de son père. Il déclare l’indépendance du Siam et se prépare à la guerre avec Hongsawadee, alors royaume le plus puissant.

La Thailande est un grand pays et a la volonté de le montrer en exhibant son cinéma et sa culture à travers une grande fresque épique comme celle-ci. Les réalisateurs thaïlandais faisaient déjà des films d’action et s’attaquent maintenant au film historique commercial avec plus ou moins de succès. Le mythe du prince Naresuan est fortement ancré dans les croyances populaires. Et l’enfance du prince relatée dans le premier volet est plaisante. On suit le parcours initiatique d’un jeune homme de sang royal parmi les moines d’un monastère et l’éveil à une relation qu’on sait perdurer par la suite. En fait, une fois passés les quelques maux de tête pour mémoriser qui est qui et qui fait allégeance à qui, les traditionnelles scènes d’exposition qui sont indispensable pour resituer un film dans son contexte historique, le déroulement de l’histoire est assez limpide et lent. Un épisode entier consacré à l’enfance du prince. En fallait-il autant ? Les mouvements de caméra sont parfois exagérés comme ces longs zoom avant ou arrière qui mettent l’image dans un perpétuel mouvement. De plus, pour que ce film soit véritablement le reflet de la culture thaï, encore faudrait-il que les éléments de la culture thaï y soient mieux représentés (musique, couleurs, nourriture). C’est pourtant le cas de beaucoup de décors. Mais la musique empruntée aux grandes partitions occidentales se prête bien au style épique du récit, elle introduit un décalage avec la culture Siam. Le seul moment où l’on peut entendre les sons des instruments traditionnels, c’est lors d’une démonstration de danse au roi de Hongsawadee. De plus l’éducation du prince dans ce monastère par un maître bouddhiste expert en arts martiaux (art de la guerre et des armes, décalage avec le principe de non-violence d’ailleurs) est trop proche de certaines fables occidentales pour qu’on n’y voie pas une tentative de récupération du public occidental. Nul doute que l’apprentissage de Naresuan ne s’est pas passé de la sorte mais le romancer ainsi permet de s’attirer les faveurs des fans d’un certain genre de film.



Le deuxième volet est mieux réussi. La guerre, les batailles, les sentiments des personnages, l’ensemble est cohérent, un peu poussif parfois, encore un peu naïf mais on prend autant de plaisir à regarder ce deuxième volet qu’on en aurait à découvrir un film sorti des studios d’Hollywood, voire plus en réalité. Car il y a cette fraîcheur des acteurs dans ce genre nouveau en Thaïlande, il y a ce tropisme particulier qu’on ne retrouve pas dans les productions occidentales qui pousse les personnages à agir d’une manière inédite pour nos yeux d’occidentaux. En bref, dans la deuxième partie, Naresuan à l’âge adulte prend de l’épaisseur, il devient un roi charismatique. On a aussi l’impression que le cadre est mieux maîtrisé, que le réalisateur prend le temps de mettre en scène, qu’il donne du poids à son récit et à sa caméra. Il nous reste à découvrir le troisième volet sensé sortir en décembre pour terminer cette trilogie thailandaise. Mais on sait déjà au terme de ces presque six heures de film que la Thailande est entrée dans une nouvelle ère cinématographique où l’expression des sentiments jongle avec la prestance de ses acteurs et la virtuosité de ses techniciens.


Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007