
De Feng Xiaogang, avec Zhang Hanyu, Deng Chao, Liao Fan, Wang Baoqiang, Hu Jun
Huayi Brothers Pictures, Chine
Assembly est un must, n’ayons par peur des mots. C’est le premier film chinois qui dépeint la guerre de manière si réaliste, à la manière d’un blockbuster hollywoodien comme Saving Private Ryan ou le plus récent et magnifique Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood. Assembly situe son action en 1948, lors de la guerre civile entre l’armée de libération du camp communiste et l’armée nationaliste (KMT). Dans le Nord-est de la Chine, les combats font rage. C’est là qu’un capitaine de compagnie d’artillerie, Guzidi, va résister pendant des heures à l’avancée de l’armée nationaliste avec pour mission de ne pas reculer tant qu’il n’aura pas entendu sonner la trompette du rassemblement, et donc de la retraite. Parti d’un effectif de 170 hommes, Guzidi se retrouve à la tête d’un bataillon de 46 hommes qui vont tous tomber les uns après les autres jusqu’à ce qu’une poignée d’entre eux croient avoir entendu sonner l’ordre de la retraite. Le capitaine devenu sourd après une explosion n’a pas pu l’entendre. Doit-il faire confiance à ses hommes et battre en retraite ou tenir bon jusqu’au bout ?
Assembly respecte tous les codes du genre : mise en scène chaotique avec mouvements de caméra à l’épaule, effets spéciaux impressionnants développés par les spécialistes coréens de Taegukgi, bande son incroyable qui renforce l’émotion et rend la douleur plus palpable. C’est un film efficace et sans concessions. Mais au-delà de ça, ce qui rend le film unique, c’est que c’est le premier film grand public qui revient ouvertement sur la guerre qui a déchiré la Chine à la fin des années 40. Rappelons-le, entre 1937 et 1945, le Japon a envahi la Corée et la Chine, cette dernière est donc en guerre permanente depuis une dizaine d’années lorsque les faits qui sont relatés ont lieu. Epuisés, à bout, moralement et physiquement, les deux camps en guerre depuis plusieurs mois n’ont qu’une envie : en finir. Il ne faut pas occulter cette face des événements pour comprendre le paroxysme d’Assembly. Certains reprocheront au film d’en faire trop, de jouer sur la corde sensible, voire patriotique, mais ce qu’il faut y voir avant tout, c’est le dévouement d’hommes qui n’avaient, comme souvent, rien demandé et qui donneront leur vie pour que cette guerre prenne fin. Plus pour qu’elle se termine que pour leur pays d’ailleurs. Si la propagande communiste est présente, elle n’est pas la motivation essentielle du film. Ici, on raconte simplement comment des hommes qui sont morts en héros sur les lignes de front ont été bafoués en étant par la suite reportés comme « manquant au combat » par les autorités.
En effet, par un concours de circonstances malheureux, les hommes de Guzidi ne sont pas retrouvés et nulle à part lui ne peut étayer sa version des faits. Il va devoir partir à la reconquête de leur honneur perdu, en des temps où il serait si facile de se compromettre. La deuxième partie du film revient donc sur les années qui ont suivi cette terrible bataille. Comment le capitaine, seul survivant, doit se battre contre son propre camp pour simplement faire éclater la vérité. Ce qui rend le film extrêmement émouvant, c’est ce sentiment d’injustice qu’il faut réparer et la dévotion d’un homme qui fait honneur à celle de ses hommes. Chacun retiendra ce qu’il veut de cette histoire, mais la force du film, l’émotion intense ressentie lors de sa découverte surpassent tout ce qui peut être dit par ailleurs. Ce sera un succès commercial, sans conteste car ce film est destiné à l’être, il s’adresse à un très large public et c’est ce qui fait sa force. Faire comprendre à travers une histoire universelle, celle du sacrifice à la guerre, ce que sont des notions comme l’honneur, la justice et l’abnégation, c’est toute la réussite d’Assembly et le plus bel héritage que les Chinois pouvaient transmettre à la postérité.
Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007