samedi 4 décembre 2010

L'empire du milieu du Sud

Viêt Nam signifie "pays des Vîet du Sud" et l'histoire du peuple Viêt c'est celle d'une longue marche vers le Sud racontée dans ce film par Jacques Perrin. Depuis les chaînes de montagne du Sud de la Chine jusqu'au delta du fleuve Mekong, le peuple vietnamien aura gagné son indépendance vis-à-vis de son envahissant voisin et des nations coloniales. Le film retrace cette longue marche à travers des images issues de sources très variées: images d'archive nationale, reportages de guerre, cinéma des armées, propagande, documentaires. Pour accompagner les images Jacques Perrin co-réalisateur du film dit en voix off des poèmes, des extraits de la littérature française, américaine, vietnamienne et des lettres de soldats. Nguyen Trai, Nguyen Du, Bao Ninh répondent à André Malraux, Albert de Pouvourville, Marguerite Duras, Pierre Schoendoerffer. Intéressant pour le spectateur de revenir sur la véritable histoire d'un pays qu'on résume souvent à deux guerres qui n'en ont formé qu'une dans l'inconscient collectif: LA guerre du Vietnam. En réalité, le Vietnam c'est bien plus la quête d'une indépendance gagnée au prix fort et l'abnégation de ce peuple qui reste incomparable. Ainsi ce testament d'un Viêt dévoilé dans le film: "J'envoie mon cerveau à votre centre de recherches pour qu'on trouve ce qui nous fit lutter. J'envoie mes yeux à votre président pour qu'il les regarde en face. J'envoie mes dents à vos généraux, elles ont mordu plus de fusils que de pain car la faim fut ma compagne. Mon corps je le laisse au Mekong."

Jacques Perrin et Eric Deroo ont longuement travaillé à ce projet et lui ont donné une dimension artistique. Il est dommage que les citations ne soient pas créditées du nom de leurs auteurs. Ceci aurait probablement alourdi le récit mais donné plus de portée à certains propos. Ces paroles et ces textes auraient eu un autre écho. Le film lent au début prend peu à peu son rythme lorsqu'il aborde l'histoire plus récente du Vietnam. Un film inégal donc mais à l'élégante réalisation qui contraste souvent avec la violence des images. Ce sont d'ailleurs ces images qui marquent le plus, tour à tour choquantes, troublantes, émouvantes. Plus qu'un documentaire historique, l'Empire du milieu du sud suit son fil rouge vers Saïgon et nous offre finalement un voyage poétique à travers le temps et le pays. Un bel hommage à la force d'un peuple et à la naissance d'une nation.

Vianney Meunier, 29 novembre 2010

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mercredi 7 novembre 2007

PIFF 2007

Que retenir de ce 12e festival de Pusan sinon la qualité de la programmation, et la sage décision de recentrer la manifestation sur certaines thématiques et certains réalisateurs sans vouloir s’éparpiller à outrance. En tous les cas, ce crû 2007 aura été fort bon avec quelques très bonnes surprises comme Vexille, Sukiyaki Western Django, With a girl of black soil, Flower in the pocket, Hello Stranger, Assembly, Summer's tail, The photograph ou encore The red awn. D’autres moins bonnes : Life track, M, Evangelion 1.0 ou Triangle. Mais avant tout ce qu’il restera c’est surtout l’enthousiasme de ces volontaires qui font de Pusan ce qu’il est, un festival pour les amoureux de cinéma, toutes générations et nationalités confondues.


Voici le palmarès de ce festival :

Prix New currents (premier ou second long-métrage) :

Prix de la Banque de Pusan à Life track de Guang Hao Jin, Chine

Prix Bean Pole New currents à Flower in the pocket de Seng Tat Liew, Malaisie et Wonderful Town de Aditya Assarat, Thailande

Le jury New Currents était composé de :

Dariush Mehrjui, réalisateur, président du Jury

Nan Yu, actrice

Cristian Mungiu, réalisateur

Goran Paskaljevic, réalisateur

Lee chang-dong, réalisateur

Le prix FIPRESCI (Fédération Internationale des Critiques de films)

The red awn, de Shangjun Cai, Chine

Le Jury FIPRESCI était composé de :

Ronald Bergan, Angleterre

Diego Brodersen, Argentine

Harri Rompotti, Finlande

Nirmal Dhar, Inde

Cho Hye-jung, Corée du Sud

Prix NETPAC

Hello Stranger de Kim Dong-hyun, Corée

With a girl of black soil, de Jeon Soo-il, Corée

Jury NETPAC composé de:

Aijaz Gul, Pakistan, Critique de film

Kim Byung-Cheol, Corée, Professeur

Chang Sanling, Taïwan, Producteur

KNN Audience Award (celui auquel j’ai participé comme membre du public, films choisis dans la section New Currents)

Flower in the pocket, de Seng Tat Liew, Malaisie (c’est également celui que j’ai plebiscité)

Prix Sonje

Woong’s Story, de Lee Ha-song, Corée

A man under the influenza, de Jung July, Corée

Prix Woonpa

Tear drop, de Mun Jeong-hyun, Corée

Korean Cinema award

Sabrina Baracetti, Présidente du Udine Far East Film Festival

Jean-François Rauger, Programmateur de la Cinémathèque française

Asian Film maker of the year

Le défunt Edward Yang, à titre posthume.



Sur place : Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

Edward Yang

Asian Filmmaker of the Year PIFF 2007

Le 29 Juin dernier, un maître du cinéma nous quittait. Edward Yang, 60 ans a disparu, 7 ans après la sortie de A one and a Two, son dernier film. Le cinéaste taïwanais s’était érigé en chef de file de la nouvelle vague taïwanaise depuis le début des années 80 avec des films comme That day on the beach, Tapei story, The terrorizers ou Mahjong. Il avait reçu les honneurs à Cannes pour Yiyi – A one and a two, un petit bijou cinématographique, qui aura été son film testament. En hommage à cet artiste mémorable, le Festival de Pusan a décidé de bouleverser ses plans et de lui attribuer à titre posthume la récompense de réalisateur asiatique de l’année. Sa veuve et son fils étaient à Pusan pour recevoir cet hommage. Retour sur un quart de siècle d’une carrière qui a marqué le cinéma taïwanais de son empreinte.

Edward Yang est né à Shanghai en 1947. Ses parents fuient la Chine et se réfugient à Taïwan en 1949. Il étudie le génie électrique et se rend aux Etats-Unis pour étudier l’informatique. Il travaille comme informaticien et concepteur systèmes pendant sept années. En 1981, il rentre à Taïwan où commence une carrière de réalisateur qu’il n’arrêtera alors plus. Parmi ses films on compte certains des chefs-d’œuvre du cinéma taïwanais. Le film omnibus In our time en 1982 marque le début de sa carrière où il co-signe une histoire sur le passage du temps et les étapes de la vie. Considéré comme la pose de la première pierre de la nouvelle vague taïwanaise, en quatre tableaux, menant de l’école primaire à la vie en société, ce film décrit ni plus ni moins que le passage à l’âge adulte avec les doutes et les questionnements que cela comporte. Edward Yang réalise la seconde partie Expectation sur une jeune collégienne qui doit affronter les changements de son corps et son désir ambigu qui naît pour un surveillant. Mais tandis qu’elle s’apprête à avouer son amour, sa sœur aînée la devance. Déjà dans ce film, Edward Yang explore les souffrances physiques et sentimentales des relations humaines et fait d’Expectation un précurseur de A bright Summer day.

Dans That Day on the beach qu’il réalise en 1983 et considéré par beaucoup comme son premier film, il dépeint la vie maritale à l’aune des questionnements d’une femme face à la disparition de son mari. Ce film qui voit aussi débuter Christopher Doyle à la caméra, très loin de ses expérimentations futures, dans un classicisme presque pudique marque véritablement l’avènement d’une nouvelle vague avec ses préoccupations psychologiques, sa vision moderne du couple et l’influence de l’Occident sur la société taïwanaise. Dans une société qui fut très traditionnelle et marqué par le patriarcat, Edward Yang aborde déjà ses thèmes de prédilection : la difficulté pour une fille de s’émanciper devant cette figure du père omnipotent, l’impossibilité de concilier vie de couple et vie professionnelle dans le Taïwan des années 80, c’est une vision assez acide et réaliste de la vie mais qui laisse toutefois le recul nécessaire à des moments de réflexion. A travers de multiples flashes-back et un fil conducteur, les retrouvailles de Jia-Li (Sylvia Chang) dont le mari a disparu et de son amie devenue pianiste célèbre (Hu Yin-Meng), le film et les deux femmes reviennent sur les couples qui se sont formés, leurs positions de femmes et d’amantes vis-à-vis des traditions, comment mûrir en tant que femme dans la société contemporaine. Par la musique, le rock, le tango, la danse, en dépeignant les amants et les maîtresses par quelques côtés aujourd’hui has been dans la mode vestimentaire, les voix, les coupes de cheveux mais très en phase avec l’époque, le réalisateur dénote l’évolution dans les mentalités qui a suivi la libération des mœurs aux Etats-Unis et s’est poursuivie jusqu’à Taïwan. Focalisant la caméra sur les femmes, Edward Yang donne une autre tonalité à son sujet abandonnant lui aussi une tradition taïwanaise qui consistait à faire des femmes des figures passives et contemplatives. Edward Yang brise ainsi la lame de fond institutionnelle qui faisait foi dans le cinéma taïwanais pour qu’une nouvelle vague vienne naître sur les rivages de l’île. Des films où les femmes tiendraient le premier rôle.

En 1985, avec Taipei Story, le réalisateur s’appuie encore un peu plus sur la vampirisation de la métropole Taipei qui engloutit à la fois un jeune homme voué à une grande carrière de joueur de base-ball et sa petite amie qui lui échappe, emporté par le tourbillon de sa carrière. La ville infernale et inquiétante est représentée comme un danger plutôt qu’une opportunité. Dans ce film il fait jouer Hou Hsiao Hsien qui est également co-scénariste. Un an plus tard, en 1986, Yang récidive en racontant l’histoire d’une fille qui, pour échapper à la police, se jette d’une fenêtre. Un passant lui vient en aide puis des histoires s’entremêlent. La fille enfermée dans sa chambre, passant des coups de fil anonymes en prétendant être la maîtresse d’un homme jusqu’à ce qu’elle tombe sur une écrivain qui doute elle-même de son mariage tout en cherchant l’inspiration pour son livre. En adoptant différents points de vue, Edward Yang affirme que chacun d’entre nous peut être terroriste à sa façon. Très moderne dans sa thématique comme dans son traitement, The terrorizers reste à Taïwan comme le meilleur film de Yang des années 80.


Changement de décennie, changement de style. A bright summer day, en 1991, marque un changement de sujet et de ton pour le réalisateur. A travers l’intrigue d’un meurtre survenant dans les années 60 à l’époque où Taïwan était encore cloisonnée et refermée sur elle-même, Edward Yang insiste sur les désillusions et la perte de l’innocence de jeunes gens désorientés par la déliquescence de leur environnement et de leurs repères. A bright summer day sera souvent cité aux côtés de A city of sadness (1989) de Hou Hsiao Hsien.

En 1994, il revient avec A confucian confusion, un film dont la banlieue Est de Taipei est le décor. Dans un rythme rapide martelé par des dialogues interminables il fouille astucieusement les notions de romance et d’argent qui préoccupent la nouvelle classe moyenne pour qui même l’art et la religion sont devenus sournois. Pour Yang, Taipei est devenue une ville dans un déguisement trop grand pour elle, où chacun s’épie en tentant de se camoufler aux yeux du monde. Cette comédie satirique connaît quelques envolées qui ne sont pas sans rappeler Woody Allen ou Robert Altman mais Edward Yang s’attache plus à la moralité de ses personnages. S’il en fait trop dans ce film, on ne peut toutefois pas lui retirer le mérite d’explorer de nouveaux territoires.


En 1996, Mahjong est une nouvelle fois centré sur Taipei, cité bouillonnante où la jeunesse se consume, terrain de jeu des convoitises libérales où quatre jeunes hommes tentent de survivre. C’est l’hommage vibrant d’Edward Yang à la Dolce Vita de Fellini. Il raille notre monde contemporain submergé par la surinformation mais ignorant de nos désirs réels. En constatant également la désagrégation des valeurs traditionnelles, l’impossibilité pour les jeunes de s’y identifier, il dépeint une génération projetée dans l’âge adulte sans l’appui d’un monde en perte de repères. Au-delà de son regard critique habituel, Edward Yang fait preuve de compassion envers ses personnages comme dans ce dernier baiser entre le garçon taïwanais Ko Yue-Lin et la fille française interprétée par Virginie Ledoyen.

Puis c’est en abordant une troisième décennie qu’Edward Yang nous livre son dernier opus. Dans A one and a Two, il nous livre peut-être sa vision la plus mâture de la société avec le portrait de trois générations qui se côtoient et se répondent dans le Taipei des années 2000. Au travers de cette famille de la classe moyenne, de ce père (Wu Nien-jen) employé dans une société d’informatique qui fait face à un choix de carrière et revoit son premier amour, de cette mère délaissée qui trouve refuge dans la religion, de leur fille (Kelly Lee) qui découvre les premiers sentiments amoureux, de Yang Yang (Jonathan Chang), leur fils de 8 ans qui photographie le dos des gens, cette partie d’eux-mêmes qu’ils ne peuvent pas voir, de la grand-mère alitée après une attaque, et de cet oncle jeune marié, le réalisateur mêle les vécus, les époques et les émotions pour embrasser la complexité de la société contemporaine. Sur les paysages urbains de la capitale glissent ces existences délicates qui se croisent et s’interpellent à travers le temps et l’espace. Au moyen d’une palette riche de sensations et de caractères, Edward Yang donne une touche incroyablement humaine à ce psychodrame, convoquant dans A one and a two l’essentiel des thèmes qui ont fait sa carrière, les mélangeant, les diluant ou les concentrant pour offrir au spectateur le plus beau tableau de Taipei du début du XXIe siècle. Nul ne savait alors qu’avec ce chef d’œuvre, il allait tirer sa révérence.


Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

lundi 5 novembre 2007

Vexille

De Fumihiko Sori et Haruka Handa avec Meisa KUROKI, Shosuke TANIARA, Yasuko MATSUYUKI, Romi PAK

Oxybot Productions Company / SHIOCHIKU Co. Ltd, Japon

Il y a des films qu’on aimerait bien voir clôturer un festival en apothéose, pas des Evangelion 3.2 ou des Wedding campaign. Non, tout simplement un film qui par son message et sa qualité visuelle représente la richesse des productions présentes à ce festival. Pour nous ce fut Vexille, dernière projection du Festival International de Pusan et petit bijou cinématographique, impressionnant de maîtrise visuelle, intelligent dans son traitement, universel et intemporel dans son message. Un pur moment de plaisir des sens.

2067, le Japon s’est enfermé depuis dix ans dans un mutisme et une autarcie absolus. Au milieu du XXIe siècle, ce pays est le leader mondial de la conception robotique, aussi bien dans l’industrie que dans la domotique. Sa prochaine révolution consiste à appliquer ces découvertes à l’homme. Mais devant la montée des débats éthiques comme pour le nucléaire et les biotechnologies par le passé, et la signature de traités internationaux interdisant ces recherches, le Japon décide de rompre avec la communauté internationale et de s’isoler du monde, protégé qu’il est par un bouclier électromagnétique ne laissant filtrer aucune onde. Dix années plus tard, Vexille et Leon sont membres de SWORD une unité spéciale des Nations Unies destinée à protéger les intérêts de ses pays membres. En matière diplomatique, le Japon est devenu un ennemi qu’il ne fait pas bon contrarier. Mais comment percer le mystère qui entoure l’archipel tandis que les satellites ne peuvent capturer aucune image venue du sol ? Une mission d’infiltration menée par Leon est envoyée au Japon pour tenter de savoir ce qu’il est advenu de ses habitants.

Au travers d’une intrigue originale mais influencée par les plus grands films de SF, Vexille impose donc son empreinte unique dans un genre fortement connoté années 80. Le film débute dans un prologue où les plus grandes sommités de la planète sont réunies par un mystérieux Saito, qu’on sait être un soldat zélé de l’empire de Daiwa, la multinationale toute puissante dont les robots couvrent la Terre. Au cours de cette réunion, un événement survient dont on ignore encore le sens. Mais Vexille et les membres de SWORD interviennent alors pour mettre fin à ce qui semble être un piège.


Si le film s’inspire sans conteste des classiques que sont Blade Runner, Dune ou Mad Max jusque dans la bande originale, signée Paul Okenfald, d’une fantastique diversité musicale, Vexille revisite à sa façon les mythes modernes qui ont donné ses lettres de noblesse à la Science-fiction. Par une construction intelligente du scénario et en dotant le récit d’une épaisseur historique et contextuelle, l’équipe japonaise également à l’origine du très remarqué Appleseed a réussi là un coup de maître. L’attrait de ce film réside ainsi non seulement dans la beauté inégalée de ses animations 3D saisissantes de réalisme qui s’apparentent parfois à des séquences filmées mais aussi dans une histoire à la thématique universelle. Par le passé, le Japon a déjà voulu imposer son hégémonie et il fut prêt à se couper du monde pour s’accorder la liberté de ses ambitions. Ce qu’il a pu faire, il peut le refaire. Sa fierté nationale et son extrême esprit de corps le lui permettent. C’est donc un film qui prend à contre-pied les standards de l’animation japonaise dans lesquels le japon est au centre d’un monde dont il aurait la lourde et impérieuse tâche de protéger. Ici, les auteurs voient dans leur pays une menace potentielle pour le reste du monde dans une ère où les esprits sont plutôt tournés vers une non-prolifération nucléaire et les armes de destruction massive. Le Japon, de par ses avancées technologiques et son grand pouvoir d’innovation peut, demain, renverser les pièces de l’échiquier. Cette autocritique est nouvelle ou tout au moins peu courante dans la japanimation. Il y est en effet souvent question d’un monde déshumanisé où les robots font loi mais jamais encore un tel contexte diplomatique n’avait été mis en scène. Outre cet aspect géopolitique, Vexille traite de thèmes universels et chers aux Japonais en particulier. Le vieillissement des nations industrialisées et les craintes du Japon pour son avenir, la volonté d’indépendance et d’isolement d’habitants longtemps influencés par leur comportement insulaire et leur méfiance vis-à-vis de l’étranger, les contraintes de l’espace sur une planète qui s’amenuise, où l’océan prend peu à peu le dessus, le danger des tentations eugéniques qui hantent le Japon, encore aujourd’hui. Par-delà ces préoccupations, des valeurs universelles transparaissent dans le film comme la ténacité de l’Homme à conserver son libre-arbitre, l’incroyable instinct de survie dont il est capable et le partage d’émotions que la robotique tente de maîtriser. Des émotions et des sentiments qui font tout à la fois sa faiblesse et sa supériorité intellectuelle.

Si Vexille nous impose une vision bipolaire du monde —ce qui est un de ses points faibles, l’autre étant la nipponisation des personnages occidentaux— avec d’un côté le Japon, de l’autre les Etats-Unis, c’est cependant à l’humanité tout entière que s’adresse son message en espérant qu’il puisse être entendu. Aussi longtemps qu’il y aura des Hommes sur Terre, ceux-ci s’opposeront à la volonté démiurgique d’un certains nombre d’entre eux car vivre c’est résister. Par delà les frontières et le temps, l’Homme a toujours été résistant. Résistant au changement certes, mais surtout à ce qui peut le rendre esclave de lui-même. Fumihiko Sori et Haruka Handa l’ont bien compris et c’est ce qui confère à Vexille son universalité et par là-même son statut de chef-d’œuvre lui permettant d’entrer tout droit au Panthéon de la Science-fiction.

Mystere Vic – 12e PIFF, Octobre 2007

Sukiyaki Western Django

De Takashi Miike, avec Hideaki ITO, Koichi SATO, Yusuke ISEYA, Kaori MOMOI

Sedic International, Geneon Entertainment / Japon

Les Genji menés par Yoshitsune et les Heike menés par Kiyomori s’affrontent une nouvelle fois dans une petite ville minière perdue dans la montagne. Les deux clans sont ennemis légendaires et tout, depuis leur styles jusqu’à leurs chefs les oppose. Mais une même quête les anime, trouver le trésor qui serait caché dans cette région. Un cow-boy solitaire fait également son arrivée dans la ville. Il est doué d’une habileté extraordinaire lorsqu’il s’agit de sortir le colt. Mais qui des deux bandes va-t-il rejoindre ? Provocation, liaisons, trahisons, les ego s’exacerbent et le final s’apprête à être retentissant.


Western Django est une perle d’auto-dérision, un film qui mêle joyeusement les styles et les époques, le Kill Bill de Miike où Tarantino fait une apparition en guest-star plus que remarquée. Tout, de la musique à la réalisation ultra léchée font de ce film un produit abouti, un succès commercial garanti, ce qu’on ne pouvait pas dire des précédents films de Miike, malgré leur incontestable originalité. Puisant dans la veine des westerns spaghetti (macaroni westerns en japonais), empruntant ses codes cinématographiques et musicaux et les agrémentant d’éléments asiatiques, Takashi Miike est parvenu à réaliser un film très abouti qui parodie avec verve les grands trésors du cinéma occidental. De Bonnie & Clyde à Shakespeare, le ballet est réussi.

La dérision est effectivement le maître mot de ce film tandis que les clins d’œil se multiplient, que les dialogues savoureux s’enchaînent dans un anglais quasiment compréhensible (un must pour des acteurs tous japonais pour la plupart). Le film a été soigné jusqu’au moindre détail comme dans ce maquillage imparfait pour souligner la supercherie.

On vient également emprunter à Predator ou Star Wars, ou encore The Lord of the Rings dans les moments les plus déjantés. Tarantino, Miike, on savait que les deux se respectaient qu’ils s’influençaient, on sait maintenant qu’ils se citent mutuellement et visuellement. Le début du film sonne comme un clip ou un spot de pub tourné à la Tarantino puis on reprend vite contact avec la fertilité impressionnante du réalisateur japonais, son sadisme à tout craint. Il n’y aura alors plus de place pour une seconde de répit. D’un bout à l’autre du film les scènes d’action et les passages humoristiques se succèdent, les effets spéciaux également. Une grande recherche visuelle et sonore est atteinte de ce côté-là. Particulièrement éloigné de son univers habituel mais fidèle à son style inimitable, Miike a atteint là une maturité incontestable, un quasi chef-d’œuvre de cinéma qu’il fera bon voir et revoir à l’image d’un Pulp Fiction en son temps.

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

dimanche 4 novembre 2007

Evangelion 1.0

De Hideaki Anno, Masayuki, Kazuya Tsurumaki avec Megumi Ogata, Megumi Hayashibara, Kotono Mitsuishi, Khara / Nippon Television Network Corporation, Japon

N’ayant pas vu le prédecesseur d’Evangelion, difficile de se livrer à une critique acerbe de l’histoire mais d’avis de connaisseurs, le film est la copie conforme de la série et de nombreux plans en sont directement tirés. Du point de vue du scénario rien de nouveau, on a finalement toujours les mêmes forces en présence, l’une représentant le Mal, incarné ici par des « Anges », l’autre le Bien, ici l’humanité menée par des Japonais et leurs robots de défense les Evangelions (dire Eva, ça fait plus « in ». Les premiers veulent attaquer la Terre, la conquérir, les derniers sont chargés de la protéger, après que la moitié de l’humanité a été décimée. Revenir au manga tel qu’on la laissé, il y a une quinzaine d’années, n’est pas chose facile. On est devenu blasés, des gosses gâtés par les multiples possibilités de la 3D. Ici, si le film mêle plans en 2D et en 3D, c’est néanmoins un manga 2D qu’Evangelion 1.0 nous rappelle car un certains nombre de traits subsistent: Simplicité des dessins. Qu’on n’aime ou pas, voir un film où seule la bouche des personnages s’ouvre et se ferme en guise d’animation devant un décor fixe est une des signatures du manga japonais classique. Les combats et les explosions signent eux aussi un genre presque éteint. Titanesques, ceux-ci manquent de détruire la totalité de Tokyo à chaque assaut appuyé par une bande son assourdissante au sens propre. Cette agressivité sonore qui nous ferait presque quitter la salle est sans doute là pour compenser la pauvreté des graphismes et du scénario.

Ici, on apprend que Shinji bombardé pilote d’un Eva est le fils du Professeur Ikari. On comprend que celui-ci a aussi une fille, naturelle ou créée, humaine ou androïde, ceci on l’apprendra plus tard. Et que donc en quelque sorte Shinji et Ayanami sont frère et sœur sauf qu’ils ne le savent pas. Ca vous dit quelque chose à vous aussi ? Cet invariable de la mythologie SF post-moderne n’a pas attendu Evangelion. La moitié du film est passée dans des combats et la métamorphose de Tokyo 3 en véritable forteresse inexpugnable est le véritable attrait du film. Inattaquable sauf par un Ange, les méchants vous vous souvenez ? L’ange n°6 décide de creuser jusqu’au centre nerveux central, le cœur de Tokyo 3. Ca vous rappelle quelque chose ? Sion, lève-toi ! Bon a priori, l’antériorité d’Evangelion sur Matrix-Revolution devrait donner l’avantage au premier mais Matrix est lui-même tiré d’un comics. Donc peu importe de savoir qui a copié qui, ce qu’il importe de voir c’est que les thèmes se répètent sans se renouveler.


Les décors de la ville sont néanmoins biens rendus et si c’est ce que nous prépare l’avenir, il y a de quoi s’inquiéter : Bienvenue à Gattaca ! En un mot, Evangelion 1.0 est un gros blockbuster qui ravira sans doute les fans de manga et de la série mais qui manque cruellement d’inspiration et de profondeur. Que tout le monde se rassure, fans ou détracteurs, il y a bien d’autres ultimes épisodes de prévus suite au tollé qu’avait provoqué la sortie du premier en 1997. Dix ans déjà. Eh oui dix ans et rien n’a changé ! Donc il y aura une suite et le film se charge de nous le rappeler sans aucune subtilité en nous balançant un gros « A suivre » rapidos avant le générique de fin. Chouette, même là, on se croirait à la télé !

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007


Summer's tail

De Wen-Tang CHENG, avec Jui-Chia CHANG, Dean FUJIOKA, Enno, Han LIN

Green Light Film Ltd, Sundream Motion Pictures Ltd, Taïwan/ Hong-Kong

Voici un film taïwanais qui ne paie pas de mine. A la lecture du synopsis on pourrait imaginer une autre de ces bluettes sentimentales relatant les amours adolescentes de jeunes lycéens à la fin de l’été. Mais Summer’s tail commence différemment. Un groupe de musique répète et le leader du groupe nous livre le secret des grands artistes : l’ennui ! Un concours de musique dans lequel Yvette semble déjà participer en guest star, un playboy de dernière année est amoureux de sa professeur et le laisse éclater au grand jour, et un chat « Summer » si libre d’aller et venir. Summer’s tail commence là où les autres films finissent. C’est dire que le scénario va aller plus loin. Chacun des personnages a une passion, A Yvette la musique et les balades sentimentales, à Akira, l’émigré japonais, le footbal, A Jimmy sa professeur et — nous dit-il — le calcul, A Wendy, les études. Chacun l’assouvit comme il le peut et trouve refuge dans l’amitié qu’ils ont les uns pour les autres. Amitié qui prend souvent un tour plus amoureux quand Yvette s’éprend de Jimmy et Wendy est en pamoison devant le cancre Akira. Tout ceci pourrait très bien s’arrêter là et nous brosser un portrait magnifique de la jeunesse taïwanaise qui enfourche les vélos comme les murs et s’éprend de liberté, comme le chat Summer.

Mais il y a cette histoire dans l’histoire, cet épisode qui paraît anecdotique tout d’abord puis prend de l’épaisseur à mesure que le film avance. Willy est un jeune garçon toujours sale et barbouillé qui vole quelques sandwiches au restaurant du coin sous l’œil bienveillant du patron qui fait preuve de mansuétude à son égard. Bientôt Yvette recueille des bateaux de papier sur le canal où elle a l’habitude d’aller s’allonger. Des mots d’enfants y sont écrits, des mots simples et durs d’orphelin. Non, Willy n’est pas totalement orphelin. Seule sa mère a disparu, mais son père, alcoolique et inattentif n’assume plus son rôle. Alors Willy vole. Quelques menus larcins pour nourrir sa petite sœur. Dans ce quatuor adolescent, la présence de Willy intrigue d’abord puis questionne ensuite.


Le réalisateur ne choisit pas de se focaliser sur l’un plutôt que l’autre, sur un ensemble plutôt que sur un individu. Il accorde une place égale à chacun, en permettant à Yvette d’être le ciment entre eux. Le père d’Yvette est absent. Elle vit avec sa mère et sa grand-mère dans un bonheur apparent qui ne pourrait être troublé que par ses ennuis cardiaques. Non, n’ayez crainte, le film ne vire pas au mélo, le scénario ne se charge pas trop. Chaque élément de l’histoire contribue à son dénouement et à aucun moment le réalisateur ne charge la note. Chaque fil est subtilement tissé pour que la toile soit finalement dénouée, à la manière d’un mandala tibétain que l’on efface de la main. On connaît le cinéma taïwanais de cet acabit pour être particulièrement réaliste et psycho-dramatique. Ici, si les modèles du genre sont respectés, le film prend à contre-pieds les intrigues classiques et s’intéresse à savoir comment un homme va pouvoir faire le deuil d’une relation passionnée pour mieux se reconstruire, comment l’amour va aider un étranger perdu d’une île dans une autre à assouvir sa passion pour son sport, comment l’amour d’une mère peut naître autrement que par l’enfantement. Summer’s tail est tout cela à la fois, une comédie sentimentale qui n’en fait pas trop, un mélodrame qui laisse place à l’optimisme, un drame psychologique qui souligne la douleur de l’absence et une fable qui n’oublie pas qu’à force de fuir leurs rêves, les adultes n’auront jamais la chance de les (se) réaliser.


Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007