Kim Ki-Duk Films / Cineclick Asia, Corée du Sud
Respiration est un film sur la rédemption. La rédemption du couple qui vient de se déchirer sous nos yeux et le rachat de Jiang Jin de la faute commise qui lui a valu la peine de mort. Son personnage est incarné à l’écran par l’acteur taïwanais Chang Chen, magnifique dans ce rôle silencieux, parlant uniquement par regards et expressions. La cohabitation sur le plateau de Kim Ki-Duk a été facilité par le fait que les deux voulaient travailler ensemble depuis longtemps et qu’un interprète était présent sur le plateau, mais dans l’ensemble « Chang Chen était si expressif que d’un regard on devinait ce qu’il voulait dire » nous confient les acteurs ZIA et Ha Jung-woo.
Yeon a perdu son mari dans une relation adultère. Entière, passionnée, cette artiste-sculpteur s’éprend alors d’un prisonnier du couloir de la mort coréen. Elle lui rend visite en passant de manière irréaliste les barreaux qui la séparent du bourreau devenu victime. Bourreau car Jiang Jin a tué sa femme et ses enfants dans un accès de folie et s’est endormi à leurs côtés, victime car il s’auto-mutile à mesure que son heure approche. Dans chaque film de Kim Ki Duk on trouve des éléments d’une folie contingente qui écartent les personnages d’une réalité trop étroite pour eux mais les rapprochent d’un idéal poétique. C’est le cas de cette femme Yeon qui offre au prisonnier les quatre saisons en guise de cadeau, l’hiver représentant l’acmé du film et son dénouement dans un magnifique « Tombe la neige » version coréenne. C’est le cas de Jiang Jin lui-même qui se poignarde avec un couteau de plastique que son co-détenu utilise pour dessiner sur les murs de la cellule. Cette représentation d’un univers improbable conduit le réalisateur à négliger la vraisemblance de son récit mais peu importe. Kim Ki Duk est au-dessus de la réalité, il parle de sentiments, d’émotions qui ne peuvent être compris que dans un autre monde, plus spirituel. C’est le défi de ces films. Nous évoquer une spiritualité intemporelle à travers des images profondément charnelles.
15 jours seulement et 10 prises auront été nécessaires pour Kim Ki Duk qui tourne vite, très vite, presque dans la précipitation et qui pourtant « revient chaque jour avec de nouvelles idées, est extrêmement inventif et ouvert d’esprit » nous disent les acteurs. Ha Jung-woo et ZIA avaient déjà travaillé avec lui, notamment sur Samaritan Girl et connaissaient donc son univers et sa manière de travailler. Mais l’acteur principal confesse avoir entièrement fait confiance à Jung-woo après avoir vu ses prestations précédentes : « Je savais pouvoir me reposer sur elle »
Dans ce film où aucun détail n’est négligé (la correspondance des numéros d’immatriculation de la voiture et du détenu, les chutes accidentelles puis intentionnelle de la chemise blanc immaculé qui devient souillée par un pneu de voiture), le voyage que l’on parcourt est celui de Jiang-Jin vers la mort et celui de la famille formée par Yeon, son mari et leur fille vers sa renaissance. Finalement, il aura fallu cette épreuve difficile et intense pour provoquer le retour à la normale, à un bonheur normé par la société. Celui de Jiang-jin, lui, aura été court mais fort, il n’aura pas été supporté par un autre de ses camarades de cellule qui l’aime en silence.
Breath est enfin le film sur l’univers carcéral qui ne se concentre pas sur les conditions d’emprisonnement ou les remords du coupable, il fait la part belle à la vie qui peut encore animer ceux qui n’en auront bientôt plus. A travers un dessin, une photo, une chanson, toute l’émotion de ces êtres devient signifiante et peut ainsi résister à la mort.