samedi 20 octobre 2007

King Naresuan 1 et 2



De Chatrilacherm YUKOL avec Wanchana Sawasdee, Nopachai Jahayama, Inthira Charoenpura, Taksaorn Pasukcharerm

Prommitr Production Co., Thailande


Chatrilacherm Yukol qui a commencé sa carrière comme caméraman et qui a le sens de l’image revient après The Yellow sky, The elephant keeper, The song of Chaophaya dresser le portrait d’une figure emblématique de l’histoire thailandaise. Au 16e siècle, le fils du roi Maha Thammarcha du royaume d’Ayudhaya, le jeune Naresuan est enlevé comme otage royal par le roi de Hongsawadee (aujourd’hui la Birmanie). En 1571, Naresuan s’enfuit pour retourner dans son royaume et le rebâtir. Toutefois, le roi de Hongsawadee, Nandabayin garde un œil sur Naresuan à mesure qu’il se montre de plus en plus habile et menaçant. En 1590, Naresuan devient roi à la place de son père. Il déclare l’indépendance du Siam et se prépare à la guerre avec Hongsawadee, alors royaume le plus puissant.

La Thailande est un grand pays et a la volonté de le montrer en exhibant son cinéma et sa culture à travers une grande fresque épique comme celle-ci. Les réalisateurs thaïlandais faisaient déjà des films d’action et s’attaquent maintenant au film historique commercial avec plus ou moins de succès. Le mythe du prince Naresuan est fortement ancré dans les croyances populaires. Et l’enfance du prince relatée dans le premier volet est plaisante. On suit le parcours initiatique d’un jeune homme de sang royal parmi les moines d’un monastère et l’éveil à une relation qu’on sait perdurer par la suite. En fait, une fois passés les quelques maux de tête pour mémoriser qui est qui et qui fait allégeance à qui, les traditionnelles scènes d’exposition qui sont indispensable pour resituer un film dans son contexte historique, le déroulement de l’histoire est assez limpide et lent. Un épisode entier consacré à l’enfance du prince. En fallait-il autant ? Les mouvements de caméra sont parfois exagérés comme ces longs zoom avant ou arrière qui mettent l’image dans un perpétuel mouvement. De plus, pour que ce film soit véritablement le reflet de la culture thaï, encore faudrait-il que les éléments de la culture thaï y soient mieux représentés (musique, couleurs, nourriture). C’est pourtant le cas de beaucoup de décors. Mais la musique empruntée aux grandes partitions occidentales se prête bien au style épique du récit, elle introduit un décalage avec la culture Siam. Le seul moment où l’on peut entendre les sons des instruments traditionnels, c’est lors d’une démonstration de danse au roi de Hongsawadee. De plus l’éducation du prince dans ce monastère par un maître bouddhiste expert en arts martiaux (art de la guerre et des armes, décalage avec le principe de non-violence d’ailleurs) est trop proche de certaines fables occidentales pour qu’on n’y voie pas une tentative de récupération du public occidental. Nul doute que l’apprentissage de Naresuan ne s’est pas passé de la sorte mais le romancer ainsi permet de s’attirer les faveurs des fans d’un certain genre de film.



Le deuxième volet est mieux réussi. La guerre, les batailles, les sentiments des personnages, l’ensemble est cohérent, un peu poussif parfois, encore un peu naïf mais on prend autant de plaisir à regarder ce deuxième volet qu’on en aurait à découvrir un film sorti des studios d’Hollywood, voire plus en réalité. Car il y a cette fraîcheur des acteurs dans ce genre nouveau en Thaïlande, il y a ce tropisme particulier qu’on ne retrouve pas dans les productions occidentales qui pousse les personnages à agir d’une manière inédite pour nos yeux d’occidentaux. En bref, dans la deuxième partie, Naresuan à l’âge adulte prend de l’épaisseur, il devient un roi charismatique. On a aussi l’impression que le cadre est mieux maîtrisé, que le réalisateur prend le temps de mettre en scène, qu’il donne du poids à son récit et à sa caméra. Il nous reste à découvrir le troisième volet sensé sortir en décembre pour terminer cette trilogie thailandaise. Mais on sait déjà au terme de ces presque six heures de film que la Thailande est entrée dans une nouvelle ère cinématographique où l’expression des sentiments jongle avec la prestance de ses acteurs et la virtuosité de ses techniciens.


Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

Aucun commentaire: