dimanche 4 novembre 2007

Xiaolin, Xiaoli

De Miaoyan Zhang, avec Danhui MAO, Yun LIU, Xiaolong DENG, Chengliang LI

Rice Production, Chine

Deux mots, deux noms qui résonnent comme la Chine profonde. Deux prénoms, celui d’un jeune fermier venu dans le chef-lieu de la province pour gagner plus d’argent en y travaillant comme maçon. Celui d’une jeune épouse laissée derrière lui par un mari parti à Shanghai dans l’espoir de rembourser des dettes colossales. Xiaolin, le jeune homme donc, est animé d’une forte libido qui le rend fou et qu’il ne peut ni ne veut assouvir avec les prostituées du bord de la rivière. Ceci, contrairement à son colocataire, la quarantaine, célibataire endurci qui leur rend régulièrement visite. Xiaoli quant à elle caresse l’espoir qu’une fois leurs dettes remboursées et suffisamment d’argent mis de côtés, ils pourront regagner leur village natal. Pour gagner plus et plus vite elle se livre donc à la prostitution. Le film retrace deux parcours finalement similaires représentatifs de la paupérisation du pays. A travers deux personnages, on s’aperçoit que la solution toute trouvée qui consiste à se dénicher un ou une époux(se) conduisent au même résultat. Marié ou non, ces deux là finissent dans les mêmes ornières.

Ce film se veut dédié aux vingt millions de prostituées et aux cent cinquante millions de fermiers en Chine. On raconte que des centaines de filles sont mortes en une année, probablement détruites par leur condition ou ceux qui en profitent. Filmé alternativement en plans d’ensemble et en gros plan, sur pied ou en caméra à l’épaule, en contre-plongée, Xiaolin, Xiaoli témoigne d’un naturalisme opportun. Le réalisateur, Miaoyan Zhang est au plus près de ses personnages jusqu’à pénétrer leurs consciences. Les lettres que Xiaoli écrit à son mari —mais partent-elles seulement ou sont-elles thérapeutiques ?— expriment un amour et une détresse infinies. La rencontre entre les deux personnages dont l’évolution a été montée en parallèle constitue l’apogée tant attendue d’un film qui montre le processus de destruction morale auquel peuvent conduire la misère sociale et sexuelle. Cette rencontre qui donne lieu très justement à un traitement expressionniste aboutit à une catharsis qui n’est pas nécessairement prévisible. C’est donc le parti pris de l’auteur de donner une couleur particulière à son histoire en noyant les notes positives dans un encrier d’amertume. Un film dur mais réaliste qui dresse le portrait d’une Chine contemporaine et impitoyable.

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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