Dong Nyuk Film, Corée du Sud
Dans un village de mineurs de la province de Kangwon, la vie difficile d’un père célibataire qui élève ses deux enfants, Young-lim, petite fille de neuf ans très précoce et son frère Tong-gu, attardé mental. Alors que la mine est menacée de fermeture, le père est victime d’un accident et son état de santé ne lui permet pas de poursuivre le travail. Il est renvoyé sans compensation financière et doit se mettre en quête d’un nouveau travail. Il se met bientôt à son compte comme livreur mais un accident provoqué par Tong-gu le met de nouveau sur la paille. Il sombre alors dans la déchéance et l’alcool ne pouvant plus faire face à ses responsabilités de parent et d’homme.
With a girl of black soil est un film noir, empreint d’humanité, un Blindshaft coréen sur les conditions sociales dans une région de mineurs condamnée. A la manière d’un Ken Loach ou d’un Mike Leigh, dans un style épuré, Jeon Soo-il réalise un cinéma social, dans ce premier volet d’une trilogie consacrée à trois filles dont la première est Young-Lim admirablement interprétée par You Youn-mi. Entre un père devenu alcoolique et un frère handicapé, elle trace son chemin de petite mère courage. La musique sobre et minimaliste vient illustrer très à propos cet univers charbonnier, où la contrebasse ponctue une partition noire et froide comme cette région de la Corée. Ce film évoque Zola, les âpres conditions de travail, le coron, la froideur de l’administration. Certaines scènes rappellent indiscutablement un film présenté à Pusan il y a deux ans, Grain in Ear, qui relatait la vie d’une femme sino-coréenne dans un village assez pauvre et l’amer cheminement qui menait au plan-séquence final, la femme de dos, qui le tournait à la société et marchait vers l’avenir. Ici, la femme est remplacée par la fillette dans ce plan-séquence identique après un dénouement semblable. Ainsi, différents profils évoluant dans des milieux sociaux différents mais durs convergent vers le même résultat pessimiste et violent. Un autre point commun avec le cinéma réaliste que l’on peut trouver dans certains films chinois comme l’orphelin d’Anyang ou les films de Jia Zhang Khe, ce sont ces longs plans fixes où les personnages entrent et sortent comme dans un tableau. S’ils ne portent pas toujours le film, ils l’étayent d’un cadre nécessaire qui lui donne plus d’équilibre. Dans cette scène où le père glisse sur le pierrier en entrant par le haut du cadre pour ressortir par le bas, on peut y voir sa nécessaire entrée dans la folie ou sa lente descente aux enfers.
La figure de la mère, absente est également une des particularités de ce film. Son rôle est donc endossé par la fillette. On ne sait pas ce qui lui est arrivé. Est-elle partie, est-elle morte ? Le scénario ne statue pas sur ce point et laisse le spectateur se faire sa propre idée. Pour l’enfant, déjà très mâture, c’est une lourde responsabilité qui pèse sur ses jeunes épaules. With a girl of black soil est sans nul doute un des coups de cœur de ce festival. Si ce type de film est rare en Corée où l’on préfère occulter les difficultés sociales pourtant frappantes au profit d’histoires plus sentimentales, ce type de production indépendante est utile à la construction du cinéma national et signe son étonnante diversité.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire