lundi 5 novembre 2007

Vexille

De Fumihiko Sori et Haruka Handa avec Meisa KUROKI, Shosuke TANIARA, Yasuko MATSUYUKI, Romi PAK

Oxybot Productions Company / SHIOCHIKU Co. Ltd, Japon

Il y a des films qu’on aimerait bien voir clôturer un festival en apothéose, pas des Evangelion 3.2 ou des Wedding campaign. Non, tout simplement un film qui par son message et sa qualité visuelle représente la richesse des productions présentes à ce festival. Pour nous ce fut Vexille, dernière projection du Festival International de Pusan et petit bijou cinématographique, impressionnant de maîtrise visuelle, intelligent dans son traitement, universel et intemporel dans son message. Un pur moment de plaisir des sens.

2067, le Japon s’est enfermé depuis dix ans dans un mutisme et une autarcie absolus. Au milieu du XXIe siècle, ce pays est le leader mondial de la conception robotique, aussi bien dans l’industrie que dans la domotique. Sa prochaine révolution consiste à appliquer ces découvertes à l’homme. Mais devant la montée des débats éthiques comme pour le nucléaire et les biotechnologies par le passé, et la signature de traités internationaux interdisant ces recherches, le Japon décide de rompre avec la communauté internationale et de s’isoler du monde, protégé qu’il est par un bouclier électromagnétique ne laissant filtrer aucune onde. Dix années plus tard, Vexille et Leon sont membres de SWORD une unité spéciale des Nations Unies destinée à protéger les intérêts de ses pays membres. En matière diplomatique, le Japon est devenu un ennemi qu’il ne fait pas bon contrarier. Mais comment percer le mystère qui entoure l’archipel tandis que les satellites ne peuvent capturer aucune image venue du sol ? Une mission d’infiltration menée par Leon est envoyée au Japon pour tenter de savoir ce qu’il est advenu de ses habitants.

Au travers d’une intrigue originale mais influencée par les plus grands films de SF, Vexille impose donc son empreinte unique dans un genre fortement connoté années 80. Le film débute dans un prologue où les plus grandes sommités de la planète sont réunies par un mystérieux Saito, qu’on sait être un soldat zélé de l’empire de Daiwa, la multinationale toute puissante dont les robots couvrent la Terre. Au cours de cette réunion, un événement survient dont on ignore encore le sens. Mais Vexille et les membres de SWORD interviennent alors pour mettre fin à ce qui semble être un piège.


Si le film s’inspire sans conteste des classiques que sont Blade Runner, Dune ou Mad Max jusque dans la bande originale, signée Paul Okenfald, d’une fantastique diversité musicale, Vexille revisite à sa façon les mythes modernes qui ont donné ses lettres de noblesse à la Science-fiction. Par une construction intelligente du scénario et en dotant le récit d’une épaisseur historique et contextuelle, l’équipe japonaise également à l’origine du très remarqué Appleseed a réussi là un coup de maître. L’attrait de ce film réside ainsi non seulement dans la beauté inégalée de ses animations 3D saisissantes de réalisme qui s’apparentent parfois à des séquences filmées mais aussi dans une histoire à la thématique universelle. Par le passé, le Japon a déjà voulu imposer son hégémonie et il fut prêt à se couper du monde pour s’accorder la liberté de ses ambitions. Ce qu’il a pu faire, il peut le refaire. Sa fierté nationale et son extrême esprit de corps le lui permettent. C’est donc un film qui prend à contre-pied les standards de l’animation japonaise dans lesquels le japon est au centre d’un monde dont il aurait la lourde et impérieuse tâche de protéger. Ici, les auteurs voient dans leur pays une menace potentielle pour le reste du monde dans une ère où les esprits sont plutôt tournés vers une non-prolifération nucléaire et les armes de destruction massive. Le Japon, de par ses avancées technologiques et son grand pouvoir d’innovation peut, demain, renverser les pièces de l’échiquier. Cette autocritique est nouvelle ou tout au moins peu courante dans la japanimation. Il y est en effet souvent question d’un monde déshumanisé où les robots font loi mais jamais encore un tel contexte diplomatique n’avait été mis en scène. Outre cet aspect géopolitique, Vexille traite de thèmes universels et chers aux Japonais en particulier. Le vieillissement des nations industrialisées et les craintes du Japon pour son avenir, la volonté d’indépendance et d’isolement d’habitants longtemps influencés par leur comportement insulaire et leur méfiance vis-à-vis de l’étranger, les contraintes de l’espace sur une planète qui s’amenuise, où l’océan prend peu à peu le dessus, le danger des tentations eugéniques qui hantent le Japon, encore aujourd’hui. Par-delà ces préoccupations, des valeurs universelles transparaissent dans le film comme la ténacité de l’Homme à conserver son libre-arbitre, l’incroyable instinct de survie dont il est capable et le partage d’émotions que la robotique tente de maîtriser. Des émotions et des sentiments qui font tout à la fois sa faiblesse et sa supériorité intellectuelle.

Si Vexille nous impose une vision bipolaire du monde —ce qui est un de ses points faibles, l’autre étant la nipponisation des personnages occidentaux— avec d’un côté le Japon, de l’autre les Etats-Unis, c’est cependant à l’humanité tout entière que s’adresse son message en espérant qu’il puisse être entendu. Aussi longtemps qu’il y aura des Hommes sur Terre, ceux-ci s’opposeront à la volonté démiurgique d’un certains nombre d’entre eux car vivre c’est résister. Par delà les frontières et le temps, l’Homme a toujours été résistant. Résistant au changement certes, mais surtout à ce qui peut le rendre esclave de lui-même. Fumihiko Sori et Haruka Handa l’ont bien compris et c’est ce qui confère à Vexille son universalité et par là-même son statut de chef-d’œuvre lui permettant d’entrer tout droit au Panthéon de la Science-fiction.

Mystere Vic – 12e PIFF, Octobre 2007

Aucun commentaire: