De Wen-Tang CHENG, avec Jui-Chia CHANG, Dean FUJIOKA, Enno, Han LIN
Green Light Film Ltd, Sundream Motion Pictures Ltd, Taïwan/ Hong-Kong
Voici un film taïwanais qui ne paie pas de mine. A la lecture du synopsis on pourrait imaginer une autre de ces bluettes sentimentales relatant les amours adolescentes de jeunes lycéens à la fin de l’été. Mais Summer’s tail commence différemment. Un groupe de musique répète et le leader du groupe nous livre le secret des grands artistes : l’ennui ! Un concours de musique dans lequel Yvette semble déjà participer en guest star, un playboy de dernière année est amoureux de sa professeur et le laisse éclater au grand jour, et un chat « Summer » si libre d’aller et venir. Summer’s tail commence là où les autres films finissent. C’est dire que le scénario va aller plus loin. Chacun des personnages a une passion, A Yvette la musique et les balades sentimentales, à Akira, l’émigré japonais, le footbal, A Jimmy sa professeur et — nous dit-il — le calcul, A Wendy, les études. Chacun l’assouvit comme il le peut et trouve refuge dans l’amitié qu’ils ont les uns pour les autres. Amitié qui prend souvent un tour plus amoureux quand Yvette s’éprend de Jimmy et Wendy est en pamoison devant le cancre Akira. Tout ceci pourrait très bien s’arrêter là et nous brosser un portrait magnifique de la jeunesse taïwanaise qui enfourche les vélos comme les murs et s’éprend de liberté, comme le chat Summer.
Mais il y a cette histoire dans l’histoire, cet épisode qui paraît anecdotique tout d’abord puis prend de l’épaisseur à mesure que le film avance. Willy est un jeune garçon toujours sale et barbouillé qui vole quelques sandwiches au restaurant du coin sous l’œil bienveillant du patron qui fait preuve de mansuétude à son égard. Bientôt Yvette recueille des bateaux de papier sur le canal où elle a l’habitude d’aller s’allonger. Des mots d’enfants y sont écrits, des mots simples et durs d’orphelin. Non, Willy n’est pas totalement orphelin. Seule sa mère a disparu, mais son père, alcoolique et inattentif n’assume plus son rôle. Alors Willy vole. Quelques menus larcins pour nourrir sa petite sœur. Dans ce quatuor adolescent, la présence de Willy intrigue d’abord puis questionne ensuite.
Le réalisateur ne choisit pas de se focaliser sur l’un plutôt que l’autre, sur un ensemble plutôt que sur un individu. Il accorde une place égale à chacun, en permettant à Yvette d’être le ciment entre eux. Le père d’Yvette est absent. Elle vit avec sa mère et sa grand-mère dans un bonheur apparent qui ne pourrait être troublé que par ses ennuis cardiaques. Non, n’ayez crainte, le film ne vire pas au mélo, le scénario ne se charge pas trop. Chaque élément de l’histoire contribue à son dénouement et à aucun moment le réalisateur ne charge la note. Chaque fil est subtilement tissé pour que la toile soit finalement dénouée, à la manière d’un mandala tibétain que l’on efface de la main. On connaît le cinéma taïwanais de cet acabit pour être particulièrement réaliste et psycho-dramatique. Ici, si les modèles du genre sont respectés, le film prend à contre-pieds les intrigues classiques et s’intéresse à savoir comment un homme va pouvoir faire le deuil d’une relation passionnée pour mieux se reconstruire, comment l’amour va aider un étranger perdu d’une île dans une autre à assouvir sa passion pour son sport, comment l’amour d’une mère peut naître autrement que par l’enfantement. Summer’s tail est tout cela à la fois, une comédie sentimentale qui n’en fait pas trop, un mélodrame qui laisse place à l’optimisme, un drame psychologique qui souligne la douleur de l’absence et une fable qui n’oublie pas qu’à force de fuir leurs rêves, les adultes n’auront jamais la chance de les (se) réaliser.
1 commentaire:
J'ai adoré ce film, l'histoire est touchante, c'est vrai qu'on pourrait s'attendre à un film comme on voit tout le temps, mais la musique y est super, l'actrice Enno joue très bien....
Je recherche la musique du film, quelqu'un aurait une idée où la trouver ?
Enregistrer un commentaire