dimanche 4 novembre 2007

The photograph


De Nan Achnas, avec Kay Tong LIM, Shanty, Lukman SARDI,

Directeur photo : Yadi Sugandi, SALTO Films, Indonésie

Sati est une jeune fille meurtrie par la vie. Elle travaille comme serveuse dans un karaoke et offre ses faveurs comme prostituée pour rembourser ses dettes et envoyer de l’argent à sa fille restée avec sa mère à la campagne. Le film débute lorsqu’elle est évincée de son appartement et doit trouver refuge chez Johan, un vieux photographe d’origine chinoise chez qui elle avait l’habitude d’aller prendre ses photos. Réticent au départ, le vieil homme prend finalement Sati sous sa protection. Lui aussi a été blessé par la vie. Il porte un lourd secret que seules laissent entrevoir trois photos en noir et blanc qu’il étale religieusement chaque soir et ses offrandes quotidiennes sur une voie de chemin de fer désaffectée. The photograph nous montre la relation qui se noue entre les deux personnages qui n’est pas originale en soi, de nombreux duos ont été incarnés à l’écran qui sont passés de la défiance à la confiance. Mais l’intérêt du film réside dans la succession que Johan veut trouver alors que le glas se fait entendre pour lui de plus en plus clairement. En parallèle à ses recherches d’un repreneur, l’intérêt de Sati pour l’art photographique grandit et ses émotions pour sa fille qu’elle ne peut contenir dans les brefs coups de téléphone qu’elle peut lui accorder trouvent un écho dans l’unique photo qu’elle a d’elle. Chacun des héros a laissé quelqu’un derrière lui. Pour Johan, la photo, c’est le témoignage du passé. Il le regarde avec amertume et tristesse. Sati, au contraire, y voit les promesses de l’avenir et des retrouvailles. C’est ce croisement de générations, ce passage de relais avec au centre, la photographie, que ce film parvient si bien à transmettre. Sati, incarnée à l’écran par la chanteuse de pop Shanty, de son nom complet Annissa Nurul Shanty Kusuma Wardhani Heryadie, est interprétée avec brio par la jeune artiste prouvant que certains acteurs et actrices peuvent se révéler à la lueur d’un beau scénario.

Il paraîtrait naturel pour un film sur la photographie que la photographie du film soit réussie. Pourtant cette vérité si évidente se doit d’être soulignée. Que ce soit la couleur, la lumière, les cadres, tout est parfait dans The photograph. Sans compter que celui-ci a bénéficié d’une post-production très soignée aidé en cela par la France puisque ce film est le fruit d’une collaboration entre des pays aussi nombreux que variés : France, Suisse, Italie, Pays-bas…


Nan Achnas qui avait réalisé et co-écrit Whispering Sands en 2000 prouve une fois encore ses talents d’écriture et son incroyable maîtrise du vecteur narratif que constitue la photographie. Il s’agit en effet dans ce film, au-delà de l’histoire de ses deux personnages, d’une ode à la photographie, des émotions qu’elle fait partager, des histoires qu’elle raconte et de la mémoire qu’elle véhicule.


Mystere Vic – 12th PIFF, Octobre 2007

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