De Hou Hsiao Hsien, avec Juliette Binoche, Simon Iteanu, Fang SONG Margo Films, Taïwan / France
Habituellement, on dit qu’un film est asiatique lorsqu’il a été produit ou co-produit par une société siégeant en Asie. C’est la règle du métier même si en France les règles sont plus floues, le film Indigènes ayant représenté l’Algérie aux Oscars malgré une production à 90% française. Mais il serait plus vrai de dire qu’un film représente l’Asie lorsque son histoire, ses personnages, ses idées sont asiatiques. Et en tout état de cause, lorsque son réalisateur est lui-même issu du giron taïwanais. Dans et esprit, il y avait une surprise à ce douzième festival de Pusan : A l’image d’un « Et là bas quelle heure est-il ? » de Tsai Ming Liang, Hou Hsiao Hsien vient de signer le premier d’une série de films commandés par le musée d’Orsay. Le réalisateur taïwanais a choisi de baser son film sur l’histoire du ballon rouge, librement inspiré du film d’Albert Lamorisse (1956). Il a été amené à Pusan dans la série des présentations de Gala.

Et les spectateurs ont dû être surpris de retrouver un environnement familier aux films Café Lumière, Le maître de marionnettes tout en entendant la voix de Juliette Binoche qu’elle prête ici à un personnage doublant un spectacle de marionnettes chinoises. Suzanne est donc une mère vivant seule depuis que son compagnon est parti pour le Canada. Elle élève Simon mais entre ses séances de répétitions, ses cours sur l’art traditionnel, elle n’a que peu de temps à lui consacrer et engage Fang, une étudiante en cinéma originaire de Taïwan comme nounou. Simon n’a pas à se plaindre, entouré qu’il est de femmes attentionnées. Entre son professeur de piano, sa mère très émotive, sa nounou très zen, et sa sœur complice, il n’a pas à se plaindre. Mais comme une provocation à un enfant trop gâté, il est poursuivi par un ballon rouge qui le nargue depuis le début du film. Il revient en leitmotiv ponctuer les moments forts et lui rappeler que contrairement à lui, Simon en étant surprotégé est privé de sa liberté.
On savait la relation entre Hou Hsiao Hsien et la France forte. Elle se concrétise ici par un objet cinématographique, aboutissement d’un projet de longue date. Filmé à Paris, avec des acteurs français et une actrice taïwanaise, ce film reste avant tout taïwanais par la patte reconnaissable du réalisateur, par ses préoccupations. La caméra suit les mouvements erratiques du ballon rouge qui se pose sur un mur de Paris, frappe à la fenêtre d’un appartement. Comme un long plan-séquence qui nous mènerait des toits de Paris vers l’intimité de ses habitants. Certains quartiers de la ville, le quai d’Orsay, le quai de Jemmapes sont magnifiés par la mise en scène mouvante et émouvante de HHH. Le jeu de Juliette Binoche en mère fragile et remuante contribue également beaucoup à la réussite du film tandis que son fils Simon (Ineatu), rêveur et naturel fait le lien entre les personnages. La tradition chinoise est également convoquée comme un clin d’œil au travail passé du réalisateur. Le maître de marionnettes, art dont Suzanne est passionnée, est lui aussi présent. Ainsi, Le Vol du Ballon Rouge, outre montrer la situation des mères célibataires, livrées à elles-mêmes, est une partition poétique sur le thème des relations humaines, l’amitié et ses limites, l’amour filial, le couple et ses déceptions. A découvrir sans hésitations.

Mystere Vic – 12th PIFF, Octobre 2007
2 commentaires:
Good words.
tres intiresno, merci
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