De Royston Tan, avecYu Wu QI, Mindee ONG, Yann Yann YEO, Ling Ling LIU
Zhao Wei Films Pte, Ltd / Singapour
Après 15 en 2001 et 4:30 en 2006, Royston Tan poursuit sa quête des nombres avec 881 en s’essayant cette fois au genre musical. Et il y réussit plutôt bien. Il signe là une vraie comédie musicale un genre nouveau sur une île pourtant férue de musique. Le Getai est cet art populaire à Singapour qui consiste à chanter des ballades populaires du Hokkien durant le 7e mois lunaire, lorsque la porte des Enfers s’ouvre pour laisser revenir les fantômes.
Deux jeunes filles, Little Papaya et Big Papaya rêvent de devenir de célèbres chanteuses de Getai dont elles sont fanatiques. Sœurs de cœur, Tante Ling les y entraîne sans pour autant qu’elles trouvent l’étincelle qui ferait d’elles un duo légendaire. Elle décide alors d’emmener ses deux protégées voir la déesse du Getai, un esprit qui les dote d’une voix fabuleuse leur permettant de charmer les foules. A plusieurs conditions néanmoins dont celle qu’elles restent pures et ne connaissent jamais l’amour d’un homme. Les premiers temps, les sœurs Papaye gagnent en notoriété et s’acquièrent un public fidèle mais c’est sans compter la jalousie des sœurs Durian, un autre duo de Getai. Le jeu de mots sur les fruits est appréciable tant, pour un Occidental, l’odeur du Durian est puante et nauséabonde comme le caractère de ces deux rivales des sœurs Papaye, un fruit quant à lui plutôt sucré et juteux. Pour mettre fin à cette rivalité, les deux duos consentent à un duel de Getai dont les perdants devraient quitter la scène pour toujours. Bien sûr, comme on l’imagine tout ne va pas se passer à la loyale.
881 qui tire son titre de la prononciation de « Papaye » en Chinois qui se rapproche de « 881 » nous fait partager la relation intime entre ces deux sœurs adoptives que la musique a réuni. Comme dans un opéra tragique où les chœurs antiques nous auraient tracé d’emblée le chemin, ici tout est joué d’avance et il faut laisser faire le destin. Dans une séquence liminaire, racontée non par un chœur mais par le fils sourd-muet de Tante Ling, on sait en quatre minutes qui sont les personnages et ce qu’il adviendra d’eux. C’est pour Royston Tan la meilleure façon, alors, de se concentrer sur l’esthétique de son film et notamment les magnifiques costumes que portent les chanteuses et la musique entraînante du Getai dans la compétition qui oppose les sœurs Durian aux sœurs Papaye. Comme dans beaucoup de films singapouriens, on a affaire à une mosaïque de personnages hauts en couleur qui représentent la diversité culturelle et communautaire de cette île. En s’adressant plus particulièrement à l’une d’entre elles, la communauté chinoise, le réalisateur réussit là une fable musicale plaisante sur la difficulté d’exister et de se réaliser.
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