dimanche 21 octobre 2007

3 days to forever

De Riri Riza avec Nicholas Saputra, Adinia Wirasti

Miles Films Productions, Indonésie

Qu’est ce qui nous pousse à prendre une décision et dans quelle mesure cette décision a-t-elle un impact irréversible sur notre vie ? Telle est la question à laquelle devra répondre le spectateur en voyant le dernier Riri Riza « 3 days to forever ». Ce qui apparaît d’abord comme un road-movie sans intérêt relatant les aventures sans conséquences de gosses de riches issus de la haute société indonésienne, prend corps au fur et à mesure pour devenir un récit de voyage initiatique dont le terme, s’il est anticipé n’en est pas moins incertain. Il aboutit à une maturité émotionnelle et intellectuelle des deux héros. Yusuf (Nicholas Saputra) et Ambar (Adinia Wirasti) sont cousin et cousine à l’écran et ils profitent de la vie en fumant des joints, en se shootant à l’ecstasy et en sortant en boîte, tout ceci dans une ambiance bon enfant. Bref le parcours sans histoire de la jeunesse dorée et désoeuvrée de Jakarta, étudiant dans les meilleures universités, et qui, à vivre sans péril ni peur du lendemain, en vient à mener une vie insipide. Les premières scènes du film sont donc plaisantes mais rapidement ennuyeuses. Et on se demande si le voyage entrepris par Yusuf et Ambar en voiture pour rejoindre Jogjakarta où a lieu le mariage de la sœur d’Ambar ne va pas être écourté en chemin.

Au contraire, le scénario prend un malin plaisir, à l’image de ses personnages, à prendre des détours et à se tromper de route, pour emmener le spectateur sur d’autres chemins, plus introspectifs. Les projets de vie d’Ambar sont questionnés, son éducation de gosse de riche aussi. Pour ces jeunes qui entrent dans l’âge adulte, les thèmes de prédilection restent la sexualité, le mariage, l’avenir professionnel mais à l’heure des choix — 27 serait un âge tournant dans la vie, selon Yusuf— ces choix s’imposent douloureusement et malgré l’apparente impression de liberté, le choix des parents reste souvent final. Leur route croise souvent des seconds rôles issus des différentes communautés de l’archipel dont le comportement interroge encore plus les décisions qu’ils s’apprêtent à prendre.

La force de 3 days to forever, c’est presque de créer des non-événements dans la trame du scénario. A maintes reprises, on s’attend à ce qu’un événement, un catalyseur survienne et vienne renforcer la relation qu’on sent mûrir entre les personnages. Mais par le jeu du montage, de la lumière, du ralenti, Riri Riza nous frustre et nous rassure à la fois. L’attachement qu’on sent naître entre les personnages ne trouve pas d’écho à l’écran, du moins pas immédiatement. Mais c’est surtout leur confiance mutuelle et la manière dont ils se voient l’un l’autre qui grandissent. 3 days to forever c’est donc 3 jours en compagnie d’un couple sur les routes d’Indonésie qui mènent à une seule réponse : la vie n’est qu’un éternel questionnement. Nicholas Saputra joue dans ce film un autre jeune premier qui, sans avoir nécessairement grandi, a mûri lui aussi, à l’instar de la relation entre les deux protagonistes. A voir évoluer cet acteur de film en film, on se dit qu’il représente un futur prometteur pour le cinéma indonésien. Il y également Adinia Wirasti qui interprète Ambar, charmante bouille d’actrice qui représente de son côté la nouvelle génération des comédiennes indonésiennes. 3 days to forever est avant tout un film sans prétentions sur les doutes d’une génération mais qu’on prendra plaisir à regarder comme le miroir sans traces d’une société dans laquelle on refuserait d’entrer mais qui s’imposerait d’elle-même. Un voyage au bout duquel on ne voudrait pas arriver mais dont la destination se profilerait inexorablement. Elle s’appellerait « Pour toujours ».

Mystere Vic, 12e PIFF, Octobre 2007

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